Comment même les femmes les plus intelligentes passent leur temps à s’auto-saboter

J’ai récemment accompagné une femme de 45 ans pour un bilan de compétences. J’ai rapidement noté dans son discours un tic de langage prononcé.
Elle ne pouvait pas faire une phrase commençant par “J’ai réalisé ce projet ou cette mission” sans y ajouter ensuite un “oui mais c’était facile” ou “oui, mais je ne l’ai pas fait toute seule”. Minorer ou annuler ses réussites semblait être devenu un réflexe. Un peu comme lorsque vous dites à un enfant ou un collaborateur “C’est super ce que tu as fait! “Mais tu aurais dû faire autrement”. Cela m’a fait repenser à quelques cas similaires que je partage ici.

Auto limitations et non-conscience de sa propre valeur

Par exemple, il y a quelques mois, j’accompagnais en coaching une jeune femme d’une trentaine d’années, diplômée et ayant acquis rapidement de l’expérience dans un domaine spécifique. Elle était convoquée à quatre entretiens différents pour le même projet mais dans des entités géographiques différentes et avec des enjeux divergents.

Après trois entretiens, elle pensait les avoir tous ratés. Durant un des entretiens, un manager présent lui a parlé d’un poste à responsabilités supérieures dans la même entité, sous-entendant que ce serait certainement une meilleure opportunité pour elle au regard de son parcours. Croyez-le ou non, lorsqu’elle m’a appelée pour débriefer l’entretien, elle m’a parlé en ces termes:

“Ca ne va pas marcher! En plus, ils m’ont parlé d’un autre poste pour lequel je n’ai pas du tout les compétences, je n’ai pas compris!”

Cette perche était pour elle complètement hors de propos. Je l’ai laissée parler, prise dans l’émotionnel, focalisée sur l’idée qu’elle avait raté. Après un long silence, je lui ai posé une question:

  • Est-ce que ce poste n’était pas intéressant? ou mieux payé?
  • Si bien sûr, mais bon ce n’est pas le sujet
  • Alors qu’est-ce qui fait que vous n’avez pas saisi cette perche?
  • Je ne sais pas! Je n’ai aucune expérience managériale!
  • Oui mais eux ont pensé que vous pourriez être qualifiée, qu’en pensez-vous?”
  • …grand silence…”
  • Qu’est-ce que ça dit de vous?

Au bout du fil j’ai entendu de la sidération. Elle avait simplement, par sa propre perception minorée, complètement éludé la question de cet autre poste. Parce qu’elle s’était mise dans une optique restreinte d’elle-même, elle n’avait même pas pu considérer le fait qu’on puisse lui proposer plus intéressant. Elle avait raté les trois précédents puisqu’elle était évidemment surqualifiée!

Des excuses, encore des excuses

Je rencontre aussi des femmes qui voudraient lancer leur activité ou reprendre un travail, notamment après avoir élevé leurs enfants…et que la peur de l’échec aide à trouver tout une série de belles excuses pour ne pas y aller alors même qu’elles sont complètement qualifiées. Voici quelques exemples de phrases typiques:

  • Il y a trop de concurrence sur cette activité! Pourquoi les gens viendraient me voir?
  • Oui je vais le faire mais pas avant que mes enfants soient partis
  • Pas tant que je n’aurai pas mon diplôme officiel
  • Oui, mais d’abord il faut que tout soit parfait
  • Ce n’est pas vraiment le moment, on n’a pas beaucoup d’argent

Principe de surqualification ou comment systématiquement se brader

Enfin, dans la même veine, je suivais il y a quelques années une cliente avec qui je parcourais le marché. Elle trouvait toujours une excuse pour ne pas postuler aux postes que j’estimais faits pour elle. “Ils demandent tel diplôme”; “Je ne parle pas suffisamment bien anglais”. Elle ne postulait qu’à des postes où elle était sûre de remplir toutes les cases. Elle était donc logiquement et systématiquement surqualifiée. Et comme évidemment les recruteurs l’appelaient suite à ses candidatures (eux voyaient clairement l’opportunité), elle enregistrait “Voilà pourquoi il faut que je continue à candidater à ce type de poste!”.

C’est comme ça que les croyances limitantes s’installent!

Réussir brillamment l’échec

Soyons honnêtes: nous passons notre temps à faire ça! Par peur d’échouer, de réussir, de subir le regard des autres. Et nous construisons des scénarios tous plus fantaisistes, que nous passons notre journée à nous raconter! Et chaque jour davantage, nous devenons notre pire ennemi.

Nous croyons faire au mieux pour atteindre notre objectif conscient et finalement nous mettons en réalité tout en œuvre pour en atteindre un autre. C’est donc avec succès que nous allons nous auto-saboter, pour légitimer notre croyance inconsciente se résumant le plus souvent par « Je ne le mérite pas, je ne suis pas capable, ce n’est pas pour moi ». Car que se passerait-il si nous devions vivre l’échec sur une tentative ambitieuse correspondant à nos désirs profonds? Nous imaginons probablement que la souffrance serait terrible. Notre croyance serait alors confirmée!

” Un autosaboteur est d’une incroyable habileté pour nous convaincre dans un dialogue intime, avec des raisons très argumentées, de faire quelque chose qui ne sera pas bon pour nous, ou de ne pas faire quelque chose qui serait bon pour nous. De développer une argumentation bien ficelée pour nous pousser à imaginer, par anticipation terrifiante, les conséquences négatives qui pourraient nous arriver si nous persistions dans notre orientation première.”

Jacques Salomé, Comment nous libérer de nos auto sabotages

Que devrions-nous faire pour cesser ce type de comportements?

  • D’abord, connectez-vous à vos rêves: demandez-vous réellement ce que vous voulez. Sans vous limiter. Sans chercher à vous mettre une barrière immédiate alors même que vous n’avez pas fini votre phrase.
  • Ensuite, monitorez-vous: observez vos pensées et dialogues sabordeurs. Cherchez vos phrases parasites et limitantes “je n’ai aucune chance d’être pris”; “je n’y arriverai pas”; “je n’ai pas le profil”; “la dernière fois que j’ai fait ça, j’ai raté”. Vos pensées d’auto-sabotage ne sont qu’une création de votre mental. Elles sont comme des boulets à vos pieds qui vous empêchent de réussir et d’avancer vers vos objectifs. Cherchez les contre-exemples dès que vous repérez une auto-limitation: “Je connais quelqu’un qui avait les mêmes chances que moi et qui a réussi”.
  • Observez vos attitudes et comportements: demandez-vous s’ils vous servent ou vous desservent, si vous les utilisez depuis si longtemps qu’ils sont devenus des automatismes. Cherchez ce que vous pourriez faire autrement et quelles stratégies vous n’avez pas encore testées.
  • Enfin, cherchez les raisons qui font que vous vous auto-sabotez ou que vous pensez ne pas mériter telle ou telle carrière. Peut-être que vous avez peur tout simplement. Ou que vous avez été si conditionné par votre environnement que vous pensez que dépasser le périmètre que vous connaissez va vous mettre en danger. Peut-être aussi que pour des raisons qui vous appartiennent, vous avez peur de décevoir votre environnement ou qu’en ne satisfaisant plus les autres avant vous, vous n’allez plus être aimée.

En vous observant attentivement et en essayant de nouvelles choses jour après jour, vous allez comprendre que seules vos peurs vous enferment et que vous êtes finalement évidemment capable de réussir. Sûrement même au-delà de vos espérances.

Enfin évidemment, ce genre de problématique existe aussi chez les hommes. Il s’agit simplement de cas de figure que j’ai rencontrés plus souvent chez les femmes.

 

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