Est-ce que vous avez parfois l’impression de saboter ce que vous faites — précisément quand ça commence à bien marcher ? De trouver des raisons excellentes de ne pas y aller, alors que sur le papier tout plaide pour que vous y alliez ? De mettre des mois à construire quelque chose, puis de faire un geste qui compromet tout ?
Ce n’est pas un hasard si c’est souvent chez les femmes les plus intelligentes et les plus exigeantes que ce mécanisme est le plus actif. Plus vous êtes capable d’anticiper, plus vous êtes capable de construire des scénarios catastrophe convaincants. Votre intelligence, dans ces moments-là, se retourne contre vous.
Ce que l’autosabotage dit vraiment de vous
L’autosabotage n’est pas un défaut de caractère. Ce n’est pas de la paresse, ni un manque d’ambition. C’est un mécanisme de protection — sophistiqué, cohérent, et particulièrement difficile à désamorcer précisément parce qu’il a l’apparence de la raison.
Voici les formes qu’il prend le plus souvent :
- « Il y a trop de concurrence, ce n’est pas le bon moment. »
- « Je le ferai quand mes enfants seront plus grands. »
- « Pas avant d’avoir le diplôme, la certification, la légitimité. »
- « Oui, mais d’abord il faut que tout soit parfait. »
- « Pourquoi les gens viendraient me voir plutôt qu’une autre ? »
Ces phrases ont l’air raisonnables. C’est exactement pour ça qu’elles sont dangereuses. Elles ne ressemblent pas à de la peur — elles ressemblent à de la prudence.
Derrière chacune d’elles, il y a presque toujours la même croyance centrale : « Je ne le mérite pas vraiment. Ce n’est pas pour moi. »
Pourquoi l’échec est plus confortable que la tentative
Voici ce que personne ne dit clairement : échouer sur une tentative ambitieuse, sur quelque chose qui vous tient vraiment à cœur, est une douleur d’une nature particulière. Elle confirme ce que vous craigniez. Elle donne raison à la petite voix. Alors le mental propose une solution élégante : ne pas essayer. Ou essayer à moitié. Ou attendre que les conditions soient parfaites — ce qui, par définition, ne se produit jamais. Le résultat est moins douloureux en apparence. Mais il a un coût énorme sur la durée : celui de ne jamais savoir ce que vous auriez pu accomplir.
Un autosaboteur est d’une incroyable habileté pour nous convaincre dans un dialogue intime, avec des raisons très argumentées, de faire quelque chose qui ne sera pas bon pour nous, ou de ne pas faire quelque chose qui serait bon pour nous. De développer une argumentation bien ficelée pour nous pousser à imaginer, par anticipation terrifiante, les conséquences négatives qui pourraient nous arriver si nous persistions dans notre orientation première. »
Jacques Salomé, « Comment nous libérer de nos auto sabotages »
Ce que font concrètement les femmes qui parviennent à dépasser ces autosabotages
Pas de liste de conseils génériques ici. Voici ce que j’observe chez les femmes qui désamorcent réellement ce mécanisme — après avoir accompagné plus de 200 personnes dans ce type de travail de réflexion.
Elles se reconnectent à ce qu’elles veulent vraiment — pas à ce qui semble raisonnable ou acceptable pour leur entourage. Pas à ce qu’elles devraient vouloir. Ce qu’elles veulent, elles. Sans filtre immédiat. C’est souvent le premier déblocage — et, paradoxalement, le plus difficile.
Elles apprennent à distinguer la peur de l’information. En réalité, toute résistance n’est pas un signal d’alarme pertinent. La question n’est pas « est-ce que j’ai peur ? » — la réponse sera toujours oui face à quelque chose d’important. La vraie question est : « Cette peur me protège-t-elle de quelque chose de réel, ou me protège-t-elle simplement du risque d’être déçue ? »
Elles monitorent leurs dialogues intérieurs sans les justifier — concrètement, elles repèrent les phrases parasites : « je n’ai aucune chance », « je n’ai pas le profil », « la dernière fois j’ai raté ». Or, le réflexe habituel est de les combattre immédiatement. C’est pourquoi elles commencent par les nommer — un mécanisme qu’on observe perd déjà une partie de son pouvoir.
Elles cessent de chercher la certitude avant d’agir. C’est pourtant l’un des pièges les plus courants. La certitude ne précède pas l’action — elle en est le résultat. Les femmes qui avancent ne sont pas celles qui ont moins peur. Ce sont celles qui ont accepté d’agir sans garantie.
Changer de regard avant de changer de comportement
Le travail sur la croyance est plus efficace que le travail sur le comportement. Changer ses habitudes sans toucher à la croyance sous-jacente ne dure pas. En effet, derrière l’autosabotage, il y a presque toujours une peur précise : peur de décevoir, peur de dépasser un périmètre familier, peur qu’en cessant de tout donner aux autres on cesse d’être aimée. Si au fond vous pensez que vous n’êtes pas légitime, aucune technique ne tiendra longtemps. Le travail en profondeur commence là — sur ce que vous croyez mériter.
La recherche active de contre-exemples dans sa propre histoire est décisive. Dès qu’une croyance limitante s’active, une question s’impose : « Quelle preuve contraire existe dans ma propre expérience ? » Autrement dit, il ne s’agit pas de se rassurer artificiellement — mais de rééquilibrer un jugement construit sur des données incomplètes.
S’entourer d’un regard extérieur exigeant change profondément la donne. Pas de quelqu’un qui valide tout. De quelqu’un qui voit ce qu’on ne voit plus — parce qu’on est trop près, ou trop habituée à son propre récit limitant. Par conséquent, questionnez vos automatismes : ce comportement vous sert-il aujourd’hui, ou le reproduisez-vous simplement parce que c’est ce que vous avez toujours fait ?
La vraie question à se poser
Non pas « est-ce que je m’autosabote ? » — vous connaissez déjà la réponse. Mais : « qu’est-ce que je perds concrètement, chaque année que je passe à attendre que les conditions soient parfaites ? »
Mettre un chiffre sur cette question — en termes de trajectoire, de revenus, d’épanouissement — est souvent ce qui transforme une prise de conscience intellectuelle en décision réelle.
Si vous vous reconnaissez dans ce mécanisme et souhaitez travailler dessus sérieusement, un premier échange offert peut être un bon point de départ.

